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By Kevin Thome de Souza

Il faut du courage pour lancer un magazine de mode en 2012, mais Antonin Gaultier est prêt à relever le défi. Son magazine digital, De Rigueur, est seulement disponible via Kindle, faisant de lui un cas unique au sein de la variété de la presse mode. Il a choisi de se concentrer sur des sujets spécifiques et de leur accorder le temps qu’ils méritent plutôt que de les survoler en quelques lignes comme le demande souvent le rythme frénétique de la mode. Le magazine n’a que quelques mois mais Antonin lui prévoit un bel avenir. Va-t-il réussir à devenir le magazine influent qu’il souhaite être ? Le temps nous le dira, en attendant nous rencontrons Antonin pour une discussion à coeur ouvert sur la mode, la presse et le digital.

Est-ce que tu peux nous décrire rapidement De Rigueur et nous expliquer comment il se distingue au sein de la presse mode actuelle? 

De Rigueur est une publication 100% digitale, dédiée a la création contemporaine, lancée en Avril 2012. Dans chaque numéro, nous allons à la rencontre de personnalités et de vêtements qui nous inspirent, au travers d’interviews longues, denses, sans langue de bois, avec des créateurs, artistes, penseurs, icônes etc. Cette approche rigoureuse, plutôt documentaire, est assez unique au sein de la presse mode actuelle : De Rigueur est volontairement en retrait du cirque habituel fashion week – promo – tendances.

Pourquoi avoir choisi un support numérique et quels sont ses avantages par rapport à un format papier ?

Pour toute publication se pose la question: qu’est ce qui vaut le coup d’être imprimé ? A partir du moment où l’on a choisi d’avoir avant tout des textes longs, le numérique était une évidence. La question pour De Rigueur était plutôt: quel format numérique ? Le format Kindle s’est imposé comme la meilleure solution, pour la facilité de distribution via le store Amazon, la possibilité de lire le magazine partout sur iPad, iPhone, Android, PC, Mac etc. Après il y a tous les avantages du format numérique, pouvoir publier de manière quasi-immédiate, la possibilité de retravailler le fichier après sortie si il y a des corrections. Pour toutes ces raisons, cela faisait sens de travailler en numérique. Format et contenus doivent être en adéquation: si l’on fait une publication papier un jour, elle devra être radicalement différente de la version digitale.

De Rigueur adopte une vision plus rétrospective, ou en tout cas plus fouillée de la mode, comme le fait également Encens Magazine et d’une certaine manière Style.com/print. Est ce que le monde de la mode n’est pas en train d’opérer un travail sur soi et de ralentir son rythme effréné ?

Il faut distinguer deux dimensions: la réalité commerciale et la nécessite d’avoir un discours critique sur la mode. Une majorité de magazines mode sont là pour vendre de la publicité. Le contenu éditorial peut être excellent parfois, mais ça n’a pas beaucoup d’importance, ce qui compte c’est le tunnel de pub au début du numéro. Un magazine comme Purple par exemple reste excellent d’un point de vu éditorial: il y a un vrai intérêt pour l’art, pour ce qui se passe dans le monde contemporain. Mais qui achète Purple pour les textes, à part moi ? Tant qu’il y aura de l’argent, il y aura des magazines de mode, plus ou moins réussi. Le problème c’est qu’ils se ressemblent tous : je n’achète plus de magazines, et pourtant j’adore ça, parce que j’ai beaucoup de mal à identifier ce qui est essentiel là dedans. Sans parler du design qui est tout sauf innovant, dans la plupart des cas, c’est du sous M/M…

A cote de ça, il y a une demande pour un point de vue original sur le monde contemporain: cela peut être des Tumblr incroyablement beaux, des blogs d’insiders qui racontent leur vie, ou des publication comme De Rigueur qui choisissent d’aborder un thème de manière fouillée. Il y a tout un monde de micro-publications très ciblées avec des identités fortes.

Est-ce que le format digital est aussi un moyen de s’affranchir de l’emprise des annonceurs et de garder une liberté de ton ?

Le fait d’avoir un focus sur la mode éloigné des préoccupations à court terme permet d’avoir une liberté de ton. L’intérêt de De Rigueur réside dans la qualité de ses contenus, et le fait que les conversations soient très directes: cette fraicheur fait partie de notre identité. Le magazine est en dehors de tous les enjeux habituels de la presse mode, du type invitations pour défilés ou cadeaux presse. On est content d’être invités, mais comme on n’écrit pas sur les collections. Je ne crois pas qu’avoir des annonceurs changerait beaucoup de chose. De Rigueur n’est pas anti-pub. On a choisi des le départ de ne pas avoir de pub sur la publication e-book, pour une question de design et de confort, mais plus tard peut être que l’on travaillera avec des annonceurs sur des projets spécifiques.

Le premier quotidien conçu pour iPad, The Daily, va fermer, Newsweek passe en digital only, les nouvelles se contredisent quant au sort de la presse digitale. Comment tu vois l’évolution de la presse, en particulier de mode, dans les années à venir ?

Les causes de l’échec du Daily sont claires : essayer de faire rentrer une grosse structure sur une seule plateforme. Mettre autant d’argent et de ressources pour n’être que sur iPad, ça n’a pas de sens. La marque aurait dû être multi supports des le début, elle en avait les moyens. Pour Newsweek, on verra s’ils arrivent a faire leur transition. Ils pourront générer des revenus en étant 100% digital, mais est ce que cela sera suffisant pour combler l’abandon du papier?

Dans les années a venir, je crois qu’il y aura toujours des grands noms tels que le New York Times ou Vogue, qui seront sur le plus de supports possibles. A cote de ça il y aura de nouvelles marques 100% digitales, complètement affranchies des vieux schémas newsroom/imprimerie, parfois venant de la vente, comme Net A Porter. Des structures légères, mais puissantes parce que nées a l’ère du numérique. Et il y aura des petits labels pointus comme De Rigueur, reconnus pour leur approche, qui feront une “petite” publication digitale ou papier, peu importe, mais dont l’influence dépassera largement la taille de leurs structures. Enfin c’est ce que j’espère pour De Rigueur !

Le numéro 4 vient de sortir, un mot sur le prochain numéro ?

Pour le prochain numéro, nous sommes partis a la rencontre d’un pays relativement émergent sur la scène fashion internationale: la Chine. Avec des portraits croisés de designers et d’étudiants, et des reportages sur place. Etonnant.

Le quatrième numéro de De Rigueur consacré à Andrea Crews est disponible sur l’Amazon Store pour 2,68€

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By Kevin Thome de Souza

Il faut du courage pour lancer un magazine de mode en 2012, mais Antonin Gaultier est prêt à relever le défi. Son magazine digital, De Rigueur, est seulement disponible via Kindle, faisant de lui un cas unique au sein de la variété de la presse mode. Il a choisi de se concentrer sur des sujets spécifiques et de leur accorder le temps qu’ils méritent plutôt que de les survoler en quelques lignes comme le demande souvent le rythme frénétique de la mode. Le magazine n’a que quelques mois mais Antonin lui prévoit un bel avenir. Va-t-il réussir à devenir le magazine influent qu’il souhaite être ? Le temps nous le dira, en attendant nous rencontrons Antonin pour une discussion à coeur ouvert sur la mode, la presse et le digital.

Est-ce que tu peux nous décrire rapidement De Rigueur et nous expliquer comment il se distingue au sein de la presse mode actuelle? 

De Rigueur est une publication 100% digitale, dédiée a la création contemporaine, lancée en Avril 2012. Dans chaque numéro, nous allons à la rencontre de personnalités et de vêtements qui nous inspirent, au travers d’interviews longues, denses, sans langue de bois, avec des créateurs, artistes, penseurs, icônes etc. Cette approche rigoureuse, plutôt documentaire, est assez unique au sein de la presse mode actuelle : De Rigueur est volontairement en retrait du cirque habituel fashion week – promo – tendances.

Pourquoi avoir choisi un support numérique et quels sont ses avantages par rapport à un format papier ?

Pour toute publication se pose la question: qu’est ce qui vaut le coup d’être imprimé ? A partir du moment où l’on a choisi d’avoir avant tout des textes longs, le numérique était une évidence. La question pour De Rigueur était plutôt: quel format numérique ? Le format Kindle s’est imposé comme la meilleure solution, pour la facilité de distribution via le store Amazon, la possibilité de lire le magazine partout sur iPad, iPhone, Android, PC, Mac etc. Après il y a tous les avantages du format numérique, pouvoir publier de manière quasi-immédiate, la possibilité de retravailler le fichier après sortie si il y a des corrections. Pour toutes ces raisons, cela faisait sens de travailler en numérique. Format et contenus doivent être en adéquation: si l’on fait une publication papier un jour, elle devra être radicalement différente de la version digitale.

De Rigueur adopte une vision plus rétrospective, ou en tout cas plus fouillée de la mode, comme le fait également Encens Magazine et d’une certaine manière Style.com/print. Est ce que le monde de la mode n’est pas en train d’opérer un travail sur soi et de ralentir son rythme effréné ?

Il faut distinguer deux dimensions: la réalité commerciale et la nécessite d’avoir un discours critique sur la mode. Une majorité de magazines mode sont là pour vendre de la publicité. Le contenu éditorial peut être excellent parfois, mais ça n’a pas beaucoup d’importance, ce qui compte c’est le tunnel de pub au début du numéro. Un magazine comme Purple par exemple reste excellent d’un point de vu éditorial: il y a un vrai intérêt pour l’art, pour ce qui se passe dans le monde contemporain. Mais qui achète Purple pour les textes, à part moi ? Tant qu’il y aura de l’argent, il y aura des magazines de mode, plus ou moins réussi. Le problème c’est qu’ils se ressemblent tous : je n’achète plus de magazines, et pourtant j’adore ça, parce que j’ai beaucoup de mal à identifier ce qui est essentiel là dedans. Sans parler du design qui est tout sauf innovant, dans la plupart des cas, c’est du sous M/M…

A cote de ça, il y a une demande pour un point de vue original sur le monde contemporain: cela peut être des Tumblr incroyablement beaux, des blogs d’insiders qui racontent leur vie, ou des publication comme De Rigueur qui choisissent d’aborder un thème de manière fouillée. Il y a tout un monde de micro-publications très ciblées avec des identités fortes.

Est-ce que le format digital est aussi un moyen de s’affranchir de l’emprise des annonceurs et de garder une liberté de ton ?

Le fait d’avoir un focus sur la mode éloigné des préoccupations à court terme permet d’avoir une liberté de ton. L’intérêt de De Rigueur réside dans la qualité de ses contenus, et le fait que les conversations soient très directes: cette fraicheur fait partie de notre identité. Le magazine est en dehors de tous les enjeux habituels de la presse mode, du type invitations pour défilés ou cadeaux presse. On est content d’être invités, mais comme on n’écrit pas sur les collections. Je ne crois pas qu’avoir des annonceurs changerait beaucoup de chose. De Rigueur n’est pas anti-pub. On a choisi des le départ de ne pas avoir de pub sur la publication e-book, pour une question de design et de confort, mais plus tard peut être que l’on travaillera avec des annonceurs sur des projets spécifiques.

Le premier quotidien conçu pour iPad, The Daily, va fermer, Newsweek passe en digital only, les nouvelles se contredisent quant au sort de la presse digitale. Comment tu vois l’évolution de la presse, en particulier de mode, dans les années à venir ?

Les causes de l’échec du Daily sont claires : essayer de faire rentrer une grosse structure sur une seule plateforme. Mettre autant d’argent et de ressources pour n’être que sur iPad, ça n’a pas de sens. La marque aurait dû être multi supports des le début, elle en avait les moyens. Pour Newsweek, on verra s’ils arrivent a faire leur transition. Ils pourront générer des revenus en étant 100% digital, mais est ce que cela sera suffisant pour combler l’abandon du papier?

Dans les années a venir, je crois qu’il y aura toujours des grands noms tels que le New York Times ou Vogue, qui seront sur le plus de supports possibles. A cote de ça il y aura de nouvelles marques 100% digitales, complètement affranchies des vieux schémas newsroom/imprimerie, parfois venant de la vente, comme Net A Porter. Des structures légères, mais puissantes parce que nées a l’ère du numérique. Et il y aura des petits labels pointus comme De Rigueur, reconnus pour leur approche, qui feront une “petite” publication digitale ou papier, peu importe, mais dont l’influence dépassera largement la taille de leurs structures. Enfin c’est ce que j’espère pour De Rigueur !

Le numéro 4 vient de sortir, un mot sur le prochain numéro ?

Pour le prochain numéro, nous sommes partis a la rencontre d’un pays relativement émergent sur la scène fashion internationale: la Chine. Avec des portraits croisés de designers et d’étudiants, et des reportages sur place. Etonnant.

Le quatrième numéro de De Rigueur consacré à Andrea Crews est disponible sur l’Amazon Store pour 2,68€

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